René Girard revisité, Paul VALADIER

René Girard revisité,

Paul VALADIER,

Études, 6/2002 (Tome 396), p. 773-777.

Paul Valadier perce un des mystères de la pensée de René Girard

Paul Valadier propose de percer un des mystères de la pensée de René Girard à travers ses inflexions

 

Paul Valadier écrit : « René Girard, éloigné du christianisme par sa propre formation, en vint tout naturellement à interroger le monde biblique avec la même passion et la même curiosité que celles dont il témoigna à l’égard des religions archaïques. Mais ce fut pour découvrir que, là où les religions cachaient le principe victimaire, la Bible, au contraire, mettait au jour l’innocence de la victime ; et même, que les évangiles se constituaient autour de cette révélation avec la crucifixion du Christ. Vendant en quelque sorte la mèche, le christianisme dénonçait la violence fondatrice de toutes les cultures humaines (et donc l’emprise de Satan sur elles 3) et, grâce au message de la croix, il enrayait les processus d’indifférenciation, tout en poussant au paroxysme la crise dite victimaire. »

Paul Valadier constate, à partir du livre de René Girard, Celui par qui le scandale arrive : « Alors que l’évolution des publications montrait que Girard en était venu aux Ecritures chrétiennes à partir d’une anthropologie et d’une ethnologie critiques, le livre affirme avec force que, en réalité, c’est le christianisme qui
est le centre de tout le travail. L’accent proprement théologique du dessein se trouve donc non seulement confirmé, mais revendiqué. Ainsi est-il dit que l’Evangile de Marc, tout particulièrement, est « l’évangile du bouc émissaire pur » (105-106).  »

Il poursuit : « Mais, par ailleurs, sous l’influence reconnue du théologien jésuite d’Innsbruck, Raymund  Schwager, il accentue l’identification de Jésus à un bouc émissaire ; car « l’accomplissement de sa mission voue le Christ à une mort qu’il est loin de désirer, mais à laquelle il ne saurait se dérober sans se soumettre à la loi du monde et des boucs émissaires ».

Avant la conclusion, il note : « Même si, désormais, Girard admet que sa théorie peut être considérée comme une théorie de la rédemption (p. 93), il se refuse toujours à parler, à son propos, d’interprétation. Il prétend dire le réel même, sans médiation ; d’où la certitude de proposer une évidence. Étrange théorie scientifique, qui nie qu’elle soit elle-même une approche, une lecture ou une hypothèse fécondes, mais qui prétend dogmatiquement dire le réel. N’est-ce pas une forme à peine subtile de scientisme, qui va de pair avec un dogmatisme théologique, en tout cas avec une intransigeance à l’égard de tout ce qui ne se plie pas à la théorie ? Ou bien l’on voit, ou bien l’on est dans l’aveuglement; ou bien l’on adopte la lecture girardienne du  christianisme, ou bien l’on ignore les choses cachées depuis l’origine du monde. Or, la lecture évangélique de Girard, si forte soit-elle, n’est sans doute pas la seule. On laissera aux théologiens le soin de dire si l’identification de Jésus à un bouc émissaire fait droit à la libre remise de soi entre les mains du Père qu’attestent sa vie comme son message ; ou encore, si la théorie du mécanisme victimaire ne laisse pas dans la marge l’Alliance, le thème du Royaume de Dieu, et généralement l’économie de la surabondance et de la gratuité de l’appel à la vie divine. »

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