La pierre rejetée par les bâtisseurs, René Girard

La pierre rejetée par les bâtisseurs,

un article de René GIRARD,

dans la revue Théologiques,

en son Volume 13, numéro 2,

paru à l’automne 2005, p. 165-179

C’est ici un article essentiel… Non seulement pare qu’il rapporte les différents sens du mot, mis aussi parce  qu’il résume, sur cette question, la pensée  de l’auteur.

Voici le résumé, proposé par la revue isidore : « Après avoir précisé le sens premier de l’expression polysémique « bouc émissaire », l’auteur démontre l’universalité du phénomène ainsi désigné, depuis les sociétés archaïques jusqu’aux contemporaines, universalité qui trouve son fondement dans l’existence d’une hiérarchie sacrificielle commune à l’humanité entière. Sur ce fond, l’auteur compare le judéo-christianisme aux religions archaïques, d’une part explicitant l’élément essentiel qu’ils partagent, le phénomène du bouc émissaire, d’autre part  s’inscrivant en faux contre l’assimilation de l’expression judéo-chrétienne de ce phénomène à ses présumés parallèles rencontrés dans les religions archaïques. Colonne vertébrale du nihilisme moderne, cette assimilation simpliste occulte sur ce chapitre l’unicité du judéo-christianisme, qui seul défend et réhabilite ses boucs émissaires. »

Voilà qui, pour nous, est particulièrement important :  » Pour comprendre les religions archaïques, il faut relier sans les confondre les trois significations de « bouc émissaire ». Bien que privés désormais de sanction  religieuse, les phénomènes de violence collective se perpétuent parmi nous sous une forme plus ou moins clandestine, souvent affaiblie, mais susceptible de retrouver parfois une virulence démentielle, dans le nazisme par exemple. » (p.166)

Voilà pourquoi, selon nous, le bouc émissaire doit être affaibli avant d’être exclu :  » Lorsque l’appétit de violence est contrarié, il tend spontanément à se déplacer vers des substituts plus ou moins déplaisants, mais aussi plus ou moins insignifiants, des victimes dont la mort ne risque pas d’envenimer les querelles entre les membres de la communauté. » (p.167)

Si c’est un bouc qui porte les iniquités du groupe, ce n’est certainement pas tout à fait par hasard : « Dans le rite judaïque, par exemple, la mauvaise odeur du bouc, son encombrante sexualité, tout ce qui le rend antipathique, a sans doute contribué à faire de lui une victime idéale. Dans notre monde, les traits désagréables du bouc contribuent de toute évidence au succès de l’expression « bouc émissaire ». Nous comprenons aisément qu’un animal aussi rébarbatif, même s’il ne « mérite pas d’être persécuté », puisse faire l’objet d’un transfert  hostile. » (p.167)

Peut-être peut-on voir ici pourquoi il y a tant de résistances à accepter le phénomène du bouc émissaire :  » Les phénomènes de bouc émissaire sont d’autant plus efficaces qu’ils sont moins compris. » (p.168)

Voilà qui légitime, à nos yeux notre instance sur la question des tabous dans le processus du bouc émissaire :  » Lorsque la vérité est trop déplaisante pour être confrontée, on proclame qu’elle n’existe pas et qu’il n’y a rien à découvrir en dehors des jeux gratuits auxquels les hommes se consacrent lorsqu’ils inventent leurs cultures. » (p.171)

Voilà qui est essentiel, encore, l’idée de l’emballement mimétique rassembleur : « Le mécanisme du bouc émissaire, c’est la contagion mimétique qui, dans les périodes de trouble peut soudain rassembler une communauté entière contre une victime innocente, et plus personne alors ne reconnaît cette innocence. »(p.175)

Dans ce texte, René Girard explique en quoi Jésus est, à ses yeux, un bouc émissaire : « Quand je dis bouc  émissaire à propos de Jésus, j’entends cette expression bien entendu au sens moderne, au sens psychosocial, celui que j’ai défini en dernier lieu et qu’il faut se garder de confondre avec le rite du Lévitique, comme le font toujours les théologiens qui condamnent ma thèse mécaniquement, sans comprendre en quoi elle consiste. »(p.172)

 

 

L’article dans son intégralité : ici