Bouc émissaire, Approches(s) anthropologique(s) en éducation …

Approches(s) anthropologique(s) en éducation et en formation, enjeux et défis,

un article de  Marie-Louise MARTINEZ-VERDIER,

publié dans la revue Tréma, dans sa livraison 23, en 2004, pages 3 à 24.

Couverture de la revue internationale en sciences de l'éducation et didactique Tréma

Marie Louise Martinez aborde la question du bouc émissaire dans le spectre plus large des problématiques anthropologiques qui sont sont posées en éducation et en formation.

Le résumé de l’article selon la revue :

« De nouveaux enjeux dans l’éducation et la formation se manifestent par des obstacles inédits devant lesquels hésitent et bronchent les approches classiques en sciences de l’éducation qui n’ont pas su, pas pu ou pas voulu les aborder. Ces résistances réclament un angle d’attaque renouvelé : autant de défis pour l’approche anthropologique qui se développe en sciences de l’éducation en un nouveau paradigme. Étudier ces enjeux (sociaux, institutionnels et épistémologiques), ces résistances (tabou du rite et du sacré, difficulté à penser ensemble la genèse cognitive et la genèse sociale, lenteur à penser l’émergence du sujet dans la relation) nous permet de comprendre quels défis devra relever l’approche anthropologique. »

et en anglais :

« New deals are rising in ducation and teacher-training, with new kinds of obstacles. Usual approache on éducational sciences, are stambling on them unable to find the way how to surround them. Such hindrance claim a new approach : tath’s a challenge for the new athropological approach rising on educational sciences into a new paradigme. Studying these deals (socials, institutionnals and épistemologics one), these obstacles (things sacred and ritual as forbidden subjects, difficulty to think both cognitiv and social genesis, slowness on thinking the subjectiv emergence into the relationship), shows us better the athropological approach actual challenge. »

Le plan de l’article :

Problématique
I. Les enjeux d’une approche anthropologique
II. Les résistances
III. Ces défis sont les tremplins de l’approche anthropologique
Présentation du dossier
I. La relation éducative dans ses fondements et ses particularités
II. Corps, rite, culture et valeur : repenser l’universel et le particulier
Dans la lignée girardienne, l’auteure écrit :  » Les hommes, dans les sociétés archaïques et sacrales régulent la violence endémique qui sourd en permanence des mimétismes de la relation en la canalisant contre un ou quelques-uns, par des rites qui rappellent le mécanisme de bouc émissaire réconciliateur. Le rite sacrificiel, commémore cette éviction fondatrice qui solidarise la communauté et permet la culture. Le sacré archaïque différencie et ségrègue les personnes pour éviter la violence, par un sacré qui la contient à tous les sens du terme. »
Elle poursuit : « Les sociétés modernes et individualistes critiquent, à juste titre, au nom de la liberté et de l’égalité, le sacré traditionnel qu’elles refoulent. Mais, ce faisant, elles méconnaissent la fonction et l’utilité des rites et des interdits : elles les dissolvent au lieu de se contenter de les transformer dans le sens d’institutions plus justes, déployant par là ce qu’ils ne peuvent plus contenir, à savoir la violence endémique et indifférenciatrice qui submerge le social. La solution pour sortir de la violence apparaît donc au-delà de la déritualisation actuelle, non comme une régression nostalgique vers le sacré archaïque, mais comme la recherche d’un sacré non violent avec des rites respectueux des personnes et des Droits de l’Homme. »
Évoquant le livre de jeunesse Yacouba, elle explique :  » Cet album de Thierry Dedieu réussit en quelques pages, par une iconographie d’une rare qualité, quelques sobres trouvailles littéraires, une écriture d’un grand classicisme, à dévoiler les mécanismes de la violence et du sacré et les grandes solutions anthropologiques pour sortir du cycle infernal du désir mimétique, de la rivalité et du bouc émissaire. L’essentiel d’une grande expérience éducative est là, confié dans un langage accessible aux jeunes enfants dans un genre qui va du récit initiatique au roman d’éducation pour atteindre par moments la dimension d’un conte philosophique. L’anthropologie, sans dire la vérité de la littérature qui se suffit à elle-même en touchant l’affect autant que l’intellect, peut en souligner les grands traits et la cohérence. »
Une de ses conclusions : « Le sacré traditionnel avec ses rites et ses interdits très forts avait le mérite de favoriser le partage des mêmes repères et valeurs dans l’école, mais leur inconvénient inacceptable pour nos consciences modernes est l’hétéronomie et la différenciation ségrégative du social. Pourtant la déritualisation de la crise actuelle ne nous a pas donné l’autonomie et la démocratisation attendues. On constate une grande indifférenciation (confusion, tant au niveau des règles de la socialisation, que de l’appropriation des savoirs, ou de l’identité des élèves), la massification actuelle qui n’est pas encore véritable démocratisation a provoqué un désordre anomique. Comme souvent dans l’histoire, le désordre occasionne le retour régressif à une sacralisation violente et ségrégative : cycle de la violence et du sacré. L’approche anthropologique ne se contente pas de déconstruire ces phénomènes dans l’éducation, par ses démarches et ses outils scientifiques pris dans les sciences sociales, les sciences du langage ou la philosophie interlocutive du langage, elle montre qu’on peut insuffler de nouvelles dynamiques relationnelles, rituelles et interactionnelles démocratiques. »

L’article en texte intégral :

ici

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